Restauration et transformation de l'ancien prieuré Saint-Maurice au Bourget-du-Lac
L’ancien prieuré Saint-Maurice est un édifice majeur de la commune du Bourget-du-Lac et participe à son identité locale. Sa restauration et sa transformation visent à valoriser et mettre à disposition ce lieu exceptionnel au service des habitants. Cette opération d’ampleur nécessite la mobilisation de nombreux acteurs locaux et institutionnels qui ont tous à cœur la pérennisation de ce patrimoine remarquable.
La ville du Bourget-du-Lac souhaite valoriser son patrimoine tout en améliorant la qualité de services des équipements publics auprès de ses habitants.
La municipalité a lancé une étude de diagnostic-faisabilité pour la restauration et restructuration de l’ancien prieuré. L’état des toitures est en effet préoccupant et nécessite des travaux à court terme. Au-delà de la restauration, cette étude vise à hiérarchiser les travaux de remise en état pour pérenniser le bâtiment tout en proposant des scénarii programmatiques pour de nouveaux usages.
L’ancien prieuré Saint-Maurice, dont la mention remonte au XIe siècle, est un édifice emblématique de la ville. Il est situé en centre bourg. Le cloître et l’escalier principal en vis sont classés au titre des monuments historiques, le reste du bâtiment ainsi que le jardin sont inscrits. Le prieuré a subi de multiples transformations depuis sa fondation. Depuis la Révolution française, le bâtiment a changé de fonction servant d’habitation et de lieu de stockage agricole. La duchesse de Choiseul, dernière propriétaire privée avant le rachat par la ville en 1951, a particulièrement marqué son empreinte dans la vie locale.
Autour d’un cloître, l’édifice s’articule en trois ailes sur les côtés Ouest, Sud et Est. L’église ferme le cloître au Nord. Le jardin s’étend à l’Est et une petite cour au Sud permet de relier le bâtiment principal de l’annexe, ancienne dépendance du prieuré aujourd’hui occupée par la bibliothèque.
Baie de la façade Sud avec trace d'une ancienne croisée en pierre
Le prieuré conserve une belle base médiévale avec par exemple son escalier en vis, ses baies avec des traces d’anciennes croisées en pierre, ainsi que les encadrements des portes et leurs linteaux sculptés. Le cloître présente un intérêt particulier avec une galerie sur deux niveaux à l’Est donc le plancher séparatif repose sur des voûtes à nervures en pierre de taille. Les deux portails, celui donnant vers l’église et celui vers la chapelle, sont particulièrement ouvragés avec des sculptures et des traces de polychromies. Les autres façades du cloître présentent des traces d’arcs formerets mais les sources historiques disponibles ne permettent pas d’établir si des voûtes ont existé ou si celles-ci sont restées à l’état de projet.
Galerie basse du cloître
Les pièces du rez-de-chaussée et une partie des étages ont fait l’objet de travaux importants au XIXe siècle avec la mise en place de décors néogothiques (boiseries et mobiliers). Bien qu’une partie de ces ouvrages ait été retirée lors d’une campagne de restauration dans les années 1980, leur intégrité est relativement complète et lisible. En plus d’avoir été le cadre de vie de la duchesse de Choiseul, ceux-ci s’harmonisent assez bien avec l’origine médiévale de l’édifice.
Dans le cadre du diagnostic, une étude historique a été réalisée et un état sanitaire exhaustif a été dressé. Des préconisations de restauration ont ensuite été établies.
Encadrement de porte en pierre
En parallèle, le travail de concertation et de programmation a été lancé. L’objectif était d’intégrer le plus tôt possible la question des nouveaux usages dans la restauration du bâtiment. À l’inverse, l’analyse du bâtiment vise à cerner et définir ses capacités et ce qu’il peut recevoir comme nouvelles fonctions sans porter atteinte à sa valeur patrimoniale.
Les concertations menées par l’équipe de maîtrise d’oeuvre se sont inscrites dans la continuité d’un travail amorcé par le maître d’ouvrage en vue d’inclure dans le projet les souhaits des habitants, commerçants, associations et élus. La concertation des habitants a été initiée lors des Journées européennes du patrimoine 2022, où 70 personnes ont visité le prieuré suivi d’un travail en groupes. Le principe était de s’interroger sur les enjeux du projet et les futures vocations du bâtiment.
L’intégration de nouveaux usages dans un bâtiment à forte valeur patrimoniale tel que l’ancien prieuré Saint-Maurice soulève plusieurs enjeux.
Portail de la chapelle donnant sur la galerie basse du cloître
Sur le plan patrimonial et culturel, l’opération vise à ouvrir le prieuré aux habitants en offrant un équipement communal simple d’accès et accessible, notamment pour l’intérieur du cloître.
La mise en accessibilité des espaces aux personnes en situation de handicap, et notamment celles à mobilité réduite, est un objectif complexe à mettre en œuvre. En effet, par ses différentes phases de construction, l’édifice comprend une multitude de niveaux différents avec des marches réparties dans le bâtiment. Par ailleurs, des espaces sont classés au titre des monuments historiques (cloître et l’escalier en vis). Des pièces intérieures, inscrites au titre des monuments historiques, ont aussi un intérêt patrimonial fort qu’il convient de préserver. Les possibilités de mise en œuvre d’une circulation verticale de type ascenseur s’avèrent donc très complexes, voire impossibles, dans la partie Est, celle qui nécessiterait pourtant d’être rendue accessible. À l’Ouest, en revanche, les intérieurs et la façade sur le parvis ont été très fortement remaniés, conservant peu d’éléments historiques. Une intervention plus poussée est envisageable. Le fonctionnement du futur équipement doit donc tenir compte que seule la partie Ouest du bâtiment peut être rendue accessible sur tous les niveaux.
L’amélioration thermique constitue un autre objectif majeur. Afin de respecter la valeur patrimoniale du bâtiment, les solutions proposées sont au cas par cas, espace par espace. Dans un esprit de réciprocité du travail de diagnostic et de programmation, les possibilités d’amélioration du confort intérieur pèsent dans la faisabilité d’occupation des volumes.
Dans cette logique de lutte contre le réchauffement climatique, le traitement des abords et du cloître vise à apporter plus de fraîcheur et limiter les effets d’îlots de chaleur aujourd’hui ressentis. Les aménagements potentiels s’appuient sur l’existant en travaillant par touche d’amélioration et de végétalisation. En plus de l’aspect climatique, ces espaces ont vocation à participer au fonctionnement futur du bâtiment en offrant des espaces extérieurs agréables à vivre.
Les conclusions du diagnostic et de la faisabilité ont fait l’objet d’un échange étroit tout au long des études avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles Auvergne- Rhône-Alpes, l’Architecte des Bâtiments de France et le service de la Conservation départementale du patrimoine de la Savoie. Ces échanges se sont faits lors de comités de pilotage en présence des élus, services et représentants de la commune.
Arc formeret de la façade Est
Lors de ces réunions, il a notamment été retenu que l’état de référence pour la restauration serait l’état à la mort de la duchesse de Choiseul en 1938, c’est-à-dire un état assez proche de l’état actuel. Il s’agit de conserver la volumétrie des toitures et des modes de couverture en ardoise, les menuiseries du XIXe siècle, les enduits extérieurs et les décors intérieurs. La mise en accessibilité partielle et non totale du bâtiment, assurée par une extension, est également une donnée à prendre en compte dans la suite des études programmatiques.
Fiona Gafsi Architecte du patrimoine, CISEL Architecture, mandataire Collection Architectes, cotraitant
Équipe de maîtrise d’œuvre :
- CISEL Architecture, architecte du patrimoine mandataire
- COLLECTION Architectes, architectes programmistes
- Lionel Douard, paysagiste
- Retiss, consultant tiers-lieu
- BMI, bureau d’études structure
- MAYA, bureau d’études fluides
- Ecobis, économiste
- Axelle Janiak, historienne
- ASAP Architectes, relevés par nuage de points
- ISAGEO, géomètres








