Langue des Signes Française et accessibilité au musée des Beaux-Arts de Chambéry
Exemple d’un panneau du parcours audio tactile
Depuis septembre 2025, le musée des Beaux-Arts accueille dans son parcours permanent quatre vidéos interprétées en Langue des Signes Française (LSF). Ce dispositif s’inscrit dans la démarche d’accessibilité impulsée par la direction des musées dans le cadre de son futur Projet Scientifique et Culturel (PSC).
Premières initiatives
L’accessibilité des Établissements Recevant du Public (ERP) pour les Personnes à Mobilité Réduite (PMR) est obligatoire depuis 2005 mais les musées labélisés « musées de France » réfléchissent aussi à l’accessibilité de leur offre culturelle. En 2015, le service des publics des musées de Chambéry a conçu avec Caroline Jules, médiatrice, et Yasmina Crabières, responsable du service Médiavue et Handicap des Bibliothèques, un parcours audio-tactile destiné au public malvoyant et aveugle. Celui-ci conduit le visiteur du rez-de-chaussée à la mezzanine du second étage pour découvrir le bâtiment et six tableaux reproduits sur support tactile. Pérennes et solides, ces images tactiles sensibilisent aussi les enfants, toujours curieux de ces « tableaux à toucher », à la question du handicap.
Une politique volontariste et une dynamique collective
En 2023, une nouvelle dynamique d’ouverture et d’accessibilité des musées de Chambéry est impulsée avec l’arrivée d’un nouveau directeur, Nicolas Bousquet, et d’une nouvelle responsable des publics, Marion Bosa. Dans le cadre du futur PSC, le pôle des publics a structuré ses objectifs en désignant une médiatrice référente pour chaque public prioritaire avec un budget dédié. Ainsi, les publics en situation de handicap et issus du champ social ont pour interlocutrice privilégiée Élodie Morel.
En parallèle, des formations collectives à l’accessibilité sont organisées par le service culture du Département et la Direction des Affaires Culturelles de la Ville. Un groupe de médiateurs, coordonné par Mélanie Faguer, échange plusieurs fois par an sur les bonnes pratiques. Des experts et des usagers en situation de handicap proposent aussi des diagnostics d’accessibilité des établissements culturels.
La mise en place d’actions à destination du public sourd
Suivant l’exemple de la galerie Eurêka, le service des publics des musées a rencontré l’ADIS[1] en 2024 pour construire des actions auprès de la communauté sourde.[2] Devant le succès d’une première visite découverte du musée interprétée en LSF (la jauge maximale de 15 personnes étant atteinte), les idées fusent. Mais des choix s’imposent car l’interprétariat est engageant financièrement. Il est alors décidé de proposer une visite interprétée en LSF par an et de lancer deux actions : la création de vidéos de médiation en LSF pour 2025 et la création d’un jeu type Escape Game pour 2026.

Visite interprétée en LSF de l’exposition « Rêveries de promeneurs solitaires. Olivier Bernex – Jean Jacques Rousseau ».
La création de vidéos de médiation en LSF
Pourquoi des vidéos en LSF et non des textes pour toucher le public sourd ? Un enfant né sourd peut grandir dans un institut essentiellement tourné vers la LSF qui sera sa langue maternelle. Le français deuxième langue rend la lecture d’un texte de salle fastidieuse et démotivante. Doubler la médiation indirecte avec des vidéos en LSF permet donc de toucher un public sourd plus large.
En août 2024, l’appel à projets du Réseau des musées de Savoie rend possible la création de vidéos en LSF grâce à un financement dédié. Dans un premier temps, le tournage de quatre vidéos est envisagé, puis une à deux nouvelles chaque année. L’ADIS se charge de trouver le prestataire pour assurer une LSF de qualité, fluide et facilement compréhensible. Elle réalise aussi une vidéo de promotion, moyen de communication privilégié auprès de la communauté sourde, et participe au choix des œuvres commentées : La famille de Darius aux pieds d’Alexandre le Grand, de Claudio Francesco Beaumont, œuvre monumentale du XVIIIe siècle ; La Cène de Godefroy, panneau primitif de Savoie du XVe siècle ; Judith tenant la tête d’Holopherne, de Matia Pretti, fleuron de l’école napolitaine du XVIIe siècle ; et enfin Les pommiers en Savoie, peinture impressionniste de Carolus Duran.
Ces vidéos sont visibles sur des tablettes remises gratuitement à l’accueil, ou sur smartphone grâce à des QR codes apposés à côté des œuvres. Les agents d’accueil ont aussi été formés au contact avec le public sourd. Il suffit de pointer du doigt un sticker sur la banque d’accueil pour recevoir une tablette de visite en LSF.

Vidéo en LSF devant l’œuvre de Carolus Duran, Les pommiers en Savoie.
Conclusion
L’offre accessible du musée des Beaux-Arts de Chambéry se diversifie progressivement[3]. Aux deux parcours en autonomie destinés aux personnes sourdes, aveugles et malvoyantes s’ajoutent des visites adaptées, des parcours intitulés « tableaux langages » pour les publics en situation de handicap psychique, des visites-ateliers adaptés au handicap mental, et l’expérimentation de visites inclusives. En 2025, le musée des Beaux-Arts a accueilli 20 groupes de personnes en situation de handicap, contre seulement 5 en 2023. L’enjeu est désormais de pérenniser et d’élargir l’offre, d’entretenir les parcours existants, et de structurer l’accueil des groupes qui se font plus nombreux chaque année.
Élodie Morel
[1] L’association pour l’Insertion Des Sourds en Savoie.
Fondée en 1975, l’association l’ADIS a pour mission de favoriser l’insertion sociale des sourds par l’emploi et la culture. Sophie Bellahcène et Anne-Edmée Meillan, chargées du partenariat et développement associatif, sont les interlocutrices privilégiées pour la mise en place de projets d’accessibilité. Sophie Bellahcène, en tant que personne sourde, est aussi garante par son expertise d’usage de la pertinence des actions proposées. https://www.adis-savoie.fr/
[2] C’est à dessein que nous utilisons le terme « communauté sourde », et non pas « public en situation de handicap auditif ». Grâce aux échanges avec l’ADIS, il est apparu plus opportun d’utiliser un terme moins technique et plus ancré sur l’existence d’une communauté, qui par son histoire particulière et parfois difficile, recouvre une réalité encore tangible.
[3] Vers des expositions temporaires plus accessibles :
Comme pour chaque exposition temporaire, le musée des Beaux-Arts propose une offre accessible et inclusive pour « Icônes d’Albanie, trésor du musée national d’Art médiéval de Korça » du 12 juin au 15 novembre 2026. Les visiteurs en situation de handicap auditif et visuel bénéficieront d’une visite interprétée en LSF en partenariat avec l’ADIS, et d’une visite accompagnée de dispositifs tactiles réalisée en partenariat avec le service Médiavue. Ces dispositifs tactiles seront également disponibles pour les visites jeune public. Par ailleurs, un livret en FALC et gros caractères sera disponible sur demande. A retrouver sur https://www.chambery.fr/204-les-musees-de-la-ville-de-chambery.htm



