Patrimoines de la savoie

Le château de Caramagne

Le château de Caramagne

La façade du château de Caramagne

Caché sur les hauteurs de Chambéry, le château de Caramagne est une villégiature d’été de la noblesse édifiée sur le modèle piémontais.  Ses richesses artistiques demeurent mal documentées, car il a souvent changé de propriétaires.    

Découvrir le château de Caramagne est une véritable surprise. On le compare souvent à une « villa palladienne » en raison surtout de sa façade, bien visible depuis la rue. Elle se compose d’une volée de marches au sommet de laquelle se trouve un portique d’entrée formé de trois loggias et orné de peintures en trompe-l’œil. C’est par là qu’on accède au grand salon qui occupe l’essentiel de la construction, les appartements étant relégués dans les coins. Car Caramagne, ce petit « coin d’Italie », est un édifice construit avant tout pour recevoir et éblouir les invités. C’était une demeure qui n’était occupée par ses propriétaires qu’à la belle saison. Les familles nobles avaient en effet pour habitude de loger l’hiver au cœur de la vieille ville, dans leurs hôtels particuliers, et de gagner aux beaux jours des résidences extérieures qu’elles possédaient ou louaient. Caramagne était aussi un domaine agricole, à cheval sur les paroisses de Chambéry (Lémenc) et Chambéry-Le-Vieux (Saint-Ombre).

Les Becchi venus de Caramagne en Piémont

L’histoire de l’édifice commence vers 1530 avec un certain Bernardino Becchi. Il est le juriste des seigneurs de Caramagne en Piémont. Caramagne est une petite ville à 40 kilomètres au sud de Turin et, à cette époque, ses seigneurs sont la puissante famille savoyarde des Miolans. Venu en Savoie pour défendre leurs intérêts, Bernardino Becchi va se faire bâtir au lieu-dit Pugnet une demeure qui est avant tout une exploitation agricole. Il lui donne le nom de son village natal. Pour abriter la ferme, il fait édifier en contrebas de son « château » des bâtiments en hémicycle qui encadrent l’entrée du domaine. Ils conservent encore le même plan aujourd’hui, accentuant la ressemblance avec les villas palladiennes. Mais au début du XVIIe siècle, les descendants de Bernardino Becchi, endettés, perdent leurs propriétés. Ils trouvent alors refuge en Chautagne où le nom s’éteint à la fin du siècle.     

Des familles nobles proches de la Cour de Turin

En 1720, Caramagne appartient à Victor-Emmanuel Bertrand de La Pérouse, marquis de Thônes, qui va y faire réaliser de grands travaux. Il est syndic de Chambéry au moment de la confection du cadastre sarde. Cette mappe ainsi que les registres du tabellion montrent qu’il a donné au « château » son allure actuelle. Tout en conservant les bâtiments fermiers, il va créer une calade plantée de platanes (aujourd’hui tricentenaires) pour accéder à la demeure noble. Puis il fait édifier de part et d’autre de son habitation deux bâtiments, dont une chapelle. Enfin, il reprend le « château », sur les bases des anciennes constructions transformées en caves et cuisines : il aménage le vestibule d’entrée avec les loggias, le grand salon « à la piémontaise » ainsi que, de chaque côté et à l’étage, des chambres. Mais à son décès, en 1740, il est tellement endetté que son fils refuse l’héritage.

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La chapelle

On peut penser que s’il a fait réaliser le salon de réception, il n’en a pas forcément financé les décors. Ceux-ci, plutôt de style « rocaille », sont peut-être dus à la propriétaire suivante, Anne de Mellarède. Tout comme les Bertrand de La Pérouse, elle est très introduite dans les milieux turinois : elle est la fille de Pierre de Mellarède, habile diplomate à qui le duc Victor-Amédée II devrait son titre de roi.  Le grand salon, qui couvre deux étages séparés par un balcon tout en courbes, est orné au plafond de décors en stucs sur fond bleu organisés autour d’un caisson central. Sur ses murs se trouvent des peintures en grisailles représentant surtout différents travaux d’Hercule. Bien que tirées, elles aussi, de la mythologie grecque, ces peintures semblent antérieures à celles de la façade.

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La partie basse du grand salon parsemée de peintures

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Le grand salon à la piémontaise et ses stucs

Ces dernières représentent, de part et d’autre de colonnes en marbre prolongées par de faux piliers en trompe-l’œil, l’enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus et celui d’Europe par Zeus déguisé en taureau. Tout autour, de fausses portes, balustrades, attributs des sciences et des arts… animent l’entrée de l’édifice. Ces peintures pourraient avoir été commandées par Frédéric de Bellegarde, nouveau propriétaire du château en 1783. C’est à peu près à la même époque que son beau-père (père de son épouse Adèle), confie aux frères Galliari de l’académie de Turin la décoration en trompe-l’œil de la salle de bal du château des Marches. Frédéric en a-t-il profité pour faire venir à Caramagne des peintres de l’atelier des Galliari ou bien ces peintures sont-elles dues à des ateliers itinérants ? Ou encore sont-elles plus tardives ? On ne sait pas. Quoi qu’il en soit, ces peintures à la détrempe ont dû être restaurées à plusieurs reprises sans doute dès le XIXe siècle.

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L'enlèvement de Déjanire par Nessus dans un décor en trompe l'oeil

Le mariage de Lamartine

À partir de 1812, le château de Caramagne appartient à Joseph Gillet, commissaire des guerres. Il ne parait pas l’habiter mais plutôt le louer. En 1820, il a conclu un bail de six mois avec la Marquise Vibert de la Pierre et son amie anglaise Madame Birch. Voilà pourquoi c’est dans le grand salon que, le 25 mai 1820, est signé le contrat de mariage de Marie-Ann Birch avec le poète Alphonse de Lamartine alors tout auréolé du succès de ses « Méditations poétiques ». Le mariage est célébré le 6 juin suivant à la Sainte-Chapelle du château.

Des liens profonds avec l’Italie

En 1880, le domaine de Caramagne passe aux Martin-Franklin. Cette famille, qui exploitait l’usine de gaze de soie de la Calamine à Chambéry, a toujours été très proche de la Maison de Savoie devenue, en 1861, la famille royale d’Italie. C'est ainsi que la dernière reine d’Italie Marie-José a séjourné plusieurs fois à Caramagne tandis que son époux Humbert II cherchera à acquérir la propriété avant son décès.

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Le château vu des jardins

À la mort de la dernière Comtesse Martin-Franklin en 1962, le domaine est vendu à M. Francis Chappuis, notaire chambérien, qui fait inscrire en partie l’édifice aux Monuments Historiques. Puis, en 1999, il passe à M. Alain Chapuis. Il fait, en particulier, restaurer la chapelle et mettre en lumière les lieux. Il apprécie surtout depuis son grand jardin, à l’arrière du château, la vue sur la chaine de Belledonne. Difficile de se croire ici en ville.   

Monique Dacquin
Membre titulaire de l’Académie de Savoie

La rubrique des patrimoines de Savoie

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