Patrimoines de la savoie

L'argent : mines de richesse et de pouvoir

Savez-vous que depuis l’Antiquité les hommes affrontent les conditions extrêmes de la haute montagne pour extraire ce précieux minerai ?

Le plomb et de l’argent : jamais l’un sans l’autre

En Savoie, l’argent n’est pas présent à l’état pur mais sous forme de galène. Ce minerai contient du plomb et parfois de l’argent ou du cuivre.

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Galène (Peisey-Nancroix, Savoie) MHNGr.MI.290. Collection J.G. Schreiber, 1827. ©C.Durand et J.-L.Balat

Pour séparer le plomb de l’argent une technique spécifique est utilisée ; la coupellation. Le minerai est chauffé. Le plomb fondant plus rapidement que l’argent, s’échappe. Seul l’argent reste dans une coupelle.

L’argent est un minerai rare, malléable et inoxydable. Le plomb est quant à lui assez abondant, souple et facile à fondre.

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Argent natif (Allemont, Isère) MHNGr.MI.96. Collection J.G. Schreiber 1827. ©C.Durand et J.-L.Balat
Argent natif (Allemont, Isère) MHNGr.MI.96. Collection J.G. Schreiber 1827
Technique de la coupellation, 16e siècle, La Rouge Myne de Sainct Nicolas de la Croix, dessinée par Heinrich Gross.
Technique de la coupellation, 16e siècle, La Rouge Myne de Sainct Nicolas de la Croix, dessinée par Heinrich Gross.

L’argent en Savoie en quelques dates

Empire romain : -27 à 476

Exploitation par les Romains des mines de plomb et d’argent de La Plagne

11e et 12e siècle

Forte demande d’argent pour battre monnaie

1416-1718

Duché de Savoie

15e siècle

Droit régalien des ducs de Savoie de battre monnaie

1973

Fermeture de la mine de plomb argentifère de La Plagne

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L’argent au service des Princes

Le Moyen Âge se caractérise par une recherche intensive de minerai d’argent pour la frappe de monnaie. Et pour cause ! Le denier d’argent est la principale monnaie utilisée pendant 600 ans.

2020-mimo-kutna-hora-1000-©ÖNB-Vienna-Mus-Hs-15-501-fol-1v Enluminure de Kutná Hora, vers 1490, ©Österreichische Nationalbibliothek

Les comtes et ducs de Savoie, pour asseoir leur pouvoir, obtiennent du Saint-Empire dont ils dépendent, le droit de battre monnaie. Ils investissent alors constamment dans les ressources minières.

Ils encouragent la découverte de nouveaux filons, favorisent l’innovation et promulguent des lois pour soutenir l’activité minière. Avec l’essor économique et démographique des 11e et 12e siècles le besoin en métal pour battre monnaie augmente.

Mais les filons s’épuisent progressivement et la peste noire met un coup d’arrêt aux exploitations. L’activité reprend au 15e siècle, toujours encouragée par le duc de Savoie qui accorde le droit de rechercher de nouvelles mines. Il faut dire que le prince y voit son intérêt : tous les métaux extraits sont alors réservés à ses ateliers monétaires !

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Compte minier d’Aiguebelle, 1348. L’administration financière commence à se structurer, une comptabilité spécifique est mise en place.
Compte minier d’Aiguebelle, 1348. L’administration financière commence à se structurer, une comptabilité spécifique est mise en place.
Das Schwazer Bergbuch, 1556. Au 16e siècle, pour séparer le plomb et l’argent, les princes font appel à des spécialistes allemands qui maîtrisent la méthode de la coupellation.
Das Schwazer Bergbuch, 1556. Au 16e siècle, pour séparer le plomb et l’argent, les princes font appel à des spécialistes allemands qui maîtrisent la méthode de la coupellation.
Charles III, duc de Savoie. Au 16e siècle, il publie « l’Ordonnance métallique », véritable règlement des mines de Savoie.
Charles III, duc de Savoie. Au 16e siècle, il publie « l’Ordonnance métallique », véritable règlement des mines de Savoie.

Peisey Nancroix : un laboratoire métallurgique en montagne

Situé à 1300 mètres d’altitude, dans la vallée de la Tarentaise, le petit village de Peisey-Nancroix possède de nombreuses mines. Savez-vous qu’il a été aux 18e et 19e siècles un lieu d’innovation ?

2020-mimo-vestige-interieur-fonderie-peisey-1000-©c-clanetVestiges de la fonderie de Peisey-Nancroix ©C.Clanet

La technique de séparation du plomb et de l’argent est depuis longtemps maîtrisée par les Anglais. Une compagnie anglaise exploite pendant 15 ans les mines de Peisey et importe son procédé dans la fonderie déjà existante. Suite au départ des Anglais, la fonderie est équipée de fours allemands qui utilisent une autre méthode pour séparer le minerai.

A la fin du 18e siècle, Peisey devient un lieu d’expérience et de perfectionnement des techniques : on y effectue des essais pour remplacer le charbon de bois qui se fait rare par du charbon de terre.

L’ingénieur allemand Johann Gottfried Schreiber, utilise le site de Peisey comme laboratoire pour déterminer les meilleurs procédés de transformation du minerai. Il transfert la fonderie de Peisey à Conflans où il met en application ses expériences métallurgiques.

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Plan du site de Peisey, 1761. Les Anglais équipent le site de Peisey selon leur technique de séparation du plomb et de l’argent. ©Académie de la Val d’Isère
Plan du site de Peisey, 1761. Les Anglais équipent le site de Peisey selon leur technique de séparation du plomb et de l’argent.
Vestige de la fonderie de Peisey, 2019. Abandonnée depuis le milieu du 19e siècle, cette fonderie abrite les vestiges de 4 fours. ©C.Clanet
Vestige de la fonderie de Peisey, 2019. Abandonnée depuis le milieu du 19e siècle, cette fonderie abrite les vestiges de 4 fours.
Plan de la fonderie de Conflans, 1851. Le minerai provient principalement des mines de plomb-argentifère de Savoie dont celles de Peisey. ©Académie de la Val d’Isère
Plan de la fonderie de Conflans, 1851. Le minerai provient principalement des mines de plomb-argentifère de Savoie dont celles de Peisey.
Fonderie de Conflans, 20e siècle. Grâce aux forêts environnantes, elle fonctionne 3 à 5 mois dans l’année, le temps d’une coulée.
Fonderie de Conflans, 20e siècle.  Grâce aux forêts environnantes, elle fonctionne 3 à 5 mois dans l’année, le temps d’une coulée.
Johann Gottfried Schreiber. Ce brillant ingénieur fait revivre le site de Peisey. Il est directeur de l’École des mines. ©Musée de minéralogie Mines ParisTech
Johann Gottfried Schreiber. Ce brillant ingénieur fait revivre le site de Peisey. Il est directeur de l’École des mines.

L’École des mines : une prestigieuse institution en montagne

Au 19e siècle, une prestigieuse école visant à former des ingénieurs s’implante au cœur des montagnes savoyardes. Aujourd’hui, les vestiges de ce passé sont encore visibles sur le site.

2020-mimo-vestige-palais-de-la-mine-1000-©c-clanetLe Palais de la mine de Peisey-Nancroix. ©C.Clanet

En 1802, la Savoie est provisoirement française. L’État ordonne l’implantation d’une école pratique des mines à Peisey. Sa vocation est de former des ingénieurs de haut niveau.

Johann Gottfried Schreiber est nommé directeur. Il confie l’instruction des étudiants à trois professeurs qui résident à Paris et viennent en Savoie à tour de rôle. A Peisey, les élèves réalisent des expériences, des travaux pratiques et des courses géologiques. Les cours théoriques sont donnés à Moûtiers.

Cependant, l’école ne connaît pas un grand succès : alors qu’il était prévu 20 personnes par promotion, seuls 5 ou 6 élèves y étudient certaines années.

En 1814, à la chute du Premier empire, l’École des mines est transférée à Paris où elle se trouve toujours. A son retour au pouvoir, le roi de Sardaigne demande la création d’une école de minéralogie.

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Les élèves de l’école portent un uniforme spécifique, sur les boutons figure l’inscription « Mines et Usine » et « École Pratique ».©Jean Jacques Hautefeuille
Les élèves de l’école portent un uniforme spécifique, sur les boutons figure l’inscription « Mines et Usine » et « École Pratique ».
Les élèves visitent des galeries et se forment à tous les métiers de la mine : transporteur, mineur, trieur, machiniste… ©Archives départementale de la Savoie
Les élèves visitent des galeries et se forment à tous les métiers de la mine : transporteur, mineur, trieur, machiniste…
Le village de Peisey est difficile à rejoindre, un sentier est accessible uniquement aux mulets. ©Archives départementales de la Savoie.
Le village de Peisey est difficile à rejoindre, un sentier est accessible uniquement aux mulets.
Plan réalisé par les élèves ingénieurs de l’école. Les élèves étudient plusieurs disciplines, telles que la minéralogie, la métallurgie et l’exploitation des mines.
Plan réalisé par les élèves ingénieurs de l’école. Les élèves étudient plusieurs disciplines, telles que la minéralogie, la métallurgie et l’exploitation des mines.

Affronter la montagne !

Savez-vous que la plus haute mine d’Europe se trouve en Savoie ? Que pour extraire l’argent et le plomb, les mineurs ont affronté des conditions extrêmes de la haute montagne ?

Située à plus de 2800 mètres d’altitude, la mine de plomb argentifère des Sarrasins, en Maurienne, est la plus haute d’Europe.

Des générations de mineurs ont affronté les conditions extrêmes de la haute montagne pour extraire son précieux minerai ! Elle fonctionne été comme hiver.

La mine des Sarrasins connaît une forte activité au 18e siècle. Une centaine d’hommes y travaillent alors : mineurs, manœuvres, déblayeurs, casseurs, rouleurs, maçons… L’exploitation cesse en 1861 : le minerai contient trop peu d’argent et les ouvriers se font rares.

Cent ans après l’abandon de cette mine, sa réouverture est envisagée par la Peñarroya, une société internationale qui exploite une autre mine de plomb argentifère à la Plagne.

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La mine des Sarrasins, 2019. La tradition raconte que les Sarrasins exploitent cette mine au 11e siècle. ©C.Clanet
La mine des Sarrasins, 2019. La tradition raconte que les Sarrasins exploitent cette mine au 11e siècle.
Topographie de la mine des Sarrasins, 2004. Les ouvriers logent sur place dans des conditions très difficiles. En hiver, ils sont parfois complètement emprisonnés par les neiges.©Spéléo club de Savoie, R.Durand
Topographie de la mine des Sarrasins, 2004. Les ouvriers logent sur place dans des conditions très difficiles. En hiver, ils sont parfois complètement emprisonnés par les neiges.
L’hiver, le minerai est descendu vers la vallée dans des sacs en peau de mouton qui glissent sur les pentes enneigées. Agricola, De Re Metallica, 16e siècle.
L’hiver, le minerai est descendu vers la vallée dans des sacs en peau de mouton qui glissent sur les pentes enneigées. Agricola, De Re Metallica, 16e siècle.

Sous les pistes de ski, la plus grande mine de Savoie

La Plagne est aujourd’hui une station de sports d’hiver internationalement reconnue. Elle a pourtant été jusqu’en 1973 un lieu d’extraction important pour le plomb et l’argent. Sous les pistes se cache un immense réseau de 30 kilomètres de galeries creusées dans la montagne !

2020-mimo-la-plagne-neige-1000-©commune-la-plagne-tarantaiseSur la route entre la mine de La Plagne et le site de transformation de La Roche, années 1960. ©Commune de La Plagne-Tarentaise

En 1807, un maçon local redécouvre cette mine déjà exploitée à l’époque romaine. Son activité est alors relancée grâce au directeur de l’école des mines de Peisey qui s’implante à proximité du site.

Elle connaît un avenir international lorsque la société Peñarroya s'y installe en 1934. Dernière mine en activité en Savoie, elle produit peu avant sa fermeture, un cinquième de la production de plomb française.

Longtemps isolée, la mine est reliée en 1961 à la vallée grâce à l’aménagement d’une route pour la station de la Plagne. Même si les aménageurs considèrent la mine comme une verrue esthétique, sociale et sanitaire, elle cohabite plutôt bien avec la station de ski.

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Cantine des mineurs de La Plagne, années 1940. L’isolement social est une véritable difficulté pour les ouvriers. La construction de nouvelles structures comme une cantine permet d’y remédier. ©Commune de La Plagne-Tarentaise
Cantine des mineurs de La Plagne, années 1940. L’isolement social est une véritable difficulté pour les ouvriers. La construction de nouvelles structures comme une cantine permet d’y remédier.
Laverie de La Roche, début du 20e siècle. A la laverie de la Roche, le minerai brut est concassé, broyé et trié. ©Commune de La Plagne-Tarentaise
Laverie de La Roche, début du 20e siècle. A la laverie de la Roche, le minerai brut est concassé, broyé et trié.
Trieuses de minerai, 20e siècle. Avant la modernisation de la Plagne, le minerai est lavé et trié par des femmes et des enfants. ©Commune de La Plagne-Tarentaise
Trieuses de minerai, 20e siècle. Avant la modernisation de la Plagne, le minerai est lavé et trié par des femmes et des enfants.
Téléporteur pour le transport du minerai, 1935. Dès 1810, l’activité minière se répartit sur trois sites : le minerai est extrait à la Plagne, transformé à la Roche et fondu à Conflans. ©Commune de La Plagne-Tarentaise
Téléporteur pour le transport du minerai, 1935. Dès 1810, l’activité minière se répartit sur trois sites : le minerai est extrait à la Plagne, transformé à la Roche et fondu à Conflans.

Luxe, pouvoir et spiritualité

L’argent est un métal précieux et convoité. Souvent associé aux bijoux, il est un marqueur de pouvoir des puissants et des riches. Malléable mais solide, il est aussi apprécié pour rendre hommage au divin. Leur capacité à être fondus et refondus perpétuellement a toutefois réduit le nombre d’objets en argent parvenus jusqu’à nous.

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Buste de Jupiter, période Antique. Les classes aisées possèdent toutes sortes d’objets : bijoux, vaisselle, statues… Dieux et personnages puissants font l’objet de statues en argent. Comme Jupiter, dont la cuirasse est marquée de son emblème, le foudre. ©Région autonome Vallée d’Aoste–Archives archéologie–Cliché P.Robino
Buste de Jupiter, période Antique. Les classes aisées possèdent toutes sortes d’objets : bijoux, vaisselle, statues…  Dieux et personnages puissants font l’objet de statues en argent. Comme Jupiter, dont la cuirasse est marquée de son emblème, le foudre.
Médaille en plomb de Christine de France, Plomb, 1637. Cette médaille représente la Régente de Savoie Christine de France qui prend part à l’histoire minière de la Savoie en accordant des concessions de mines dont celle des Sarrasins en Maurienne.
Médaille en plomb de Christine de France, Plomb, 1637. Cette médaille représente la Régente de Savoie Christine de France qui prend part à l’histoire minière de la Savoie en accordant des concessions de mines dont celle des Sarrasins en Maurienne.
Croix de Savoie, Argent, 19e siècle. Ces bijoux savoyards de grande taille ont un style spécifique selon la vallée, voire le village où ils sont fabriqués.
Croix de Savoie, Argent, 19e siècle. Ces bijoux savoyards de grande taille ont un style spécifique selon la vallée, voire le village où ils sont fabriqués.
Vitrail, verre et plomb, 1941, chapelle de la Praz, Le Freney, Maurienne. À partir du 10e siècle, l’utilisation de baguettes de plomb devient la technique courante de stabilisation des vitraux.
Vitrail Verre et plomb, 1941, chapelle de la Praz, Le Freney, Maurienne.A partir du 10e siècle, l’utilisation de baguettes de plomb devient la technique courante de stabilisation des vitraux.

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