Ancienne forteresse de Montmélian

Appelée à l'origine "pierre-forte", le site de la forteresse est très ancien. Il est certainement occupé à l'époque gallo-romaine par un oppidum, une ville fortifiée. Il accueille ensuite un château médiéval, chef-lieu du baillage de Savoie, puis une puissante forteresse à partir du 16e siècle.

Verrou contrôlant la frontière avec le Dauphiné, le pont à péage de Montmélian sur l'Isère et la route de l'Italie par la Maurienne et la Tarentaise, elle est la principale place-forte de la Maison de Savoie pour contrôler le passage des Alpes. Réputée imprenable dans l'Europe du 17e siècle, elle subit les assauts répétés de la France avant d'être entièrement démantelée par Louis XIV.

Montmélian, vitrine de l’école piémontaise de fortification

Aux 16e et 17e siècles de nouvelles écoles de fortifications se développent. Les ducs de Savoie font appliquer dans leurs Etats, les idées de l’école piémontaise. Les grands murs droits médiévaux sont remplacés par de multiples fortifications, avec des terrassements inclinés, capables d’encaisser plus facilement le choc des boulets de canons. On multiplie les bastions afin de contrôler le plus d’angles possible et de s’adapter à l’artillerie. Le site de Montmélian se prête très bien à ce dispositif. En hauteur, il est difficile de l’attaquer à pied et l’artillerie est au départ trop peu précise pour l’inquiéter. La forteresse fait l’objet de nombreux plans et représentations et acquiert vite une réputation qui dépasse les frontières.

Vue de la forteresse de Montmélian en 1691. On peut voir la citadelle dans sa forme finale ainsi que fort Barraux au loin, ©Musée Savoisien, Département de la Savoie, Solenne Paul.

Une adaptation permanente aux nouvelles techniques de guerre

Très vite le château-fort de Montmélian devient un lieu stratégique. Dès le 12e siècle et les conflits avec le Dauphiné, il fait l’objet de travaux réguliers pour préparer d’éventuelles invasions.  On adapte les fortifications aux nouvelles techniques de siège et au perfectionnement des armes à feu qui font leur apparition au 14e siècle. Cela ne suffit pas à arrêter les troupes de François Ier qui occupent la Savoie en 1536.  Quand le duc Emmanuel-Philibert récupère ses Etats à la suite du traité de Cateau-Cambrésis en 1559, il décide d’améliorer son système de défense et de faire de Montmélian la meilleure forteresse d’Europe !

La forteresse de Montmélian avant la transformation complète. On aperçoit encore le château médiéval au centre des premiers éléments bastionnés, ©Musée Savoisien, Département de la Savoie, Solenne Paul.

Fort Barraux , forteresse savoyarde devenue rivale

Ce fort aujourd’hui en Isère, est construit par le duc de Savoie à Barraux, en terre dauphinoise, à la frontière avec la Savoie. C’est une véritable provocation adressée à la France d’autant plus que le fort est nommé fort Saint Barthélémy pour rappeler à la France les exactions commises envers les Protestants. Il s’agit très bel exemple de l’architecture bastionnée de l’école piémontaise de fortification. En 1598, alors que sa construction vient tout juste de s’achever, le connétable de Lesdiguières, chef de guerre d’Henri IV en Dauphiné, prend le fort. Celui-ci est ensuite remanié à plusieurs reprises par les ingénieurs français, notamment Vauban à la fin du 17e siècle, mais le plan général de l’architecte piémontais Ercole Negro est conservé.

Fort Barraux : Une forteresse très moderne à la pointe des techniques de fortifications de l'époque, C.Chastillon 17e siècle, ©Musée Savoisien, Département de la Savoie/Solenne Paul

1600, 1630, 1690, la forteresse subit trois sièges des armées françaises !

En 1600, les troupes d’Henri IV conquièrent la Savoie.  Les principales villes et forteresses tombent les unes après les autres mais Montmélian, forte de ses puissantes défenses, résiste ! Après la prise de la ville par Lesdiguières, Sully, Grand maître de l’artillerie royale française installe 31 canons et 7 batteries pour « battre » la citadelle du 14 octobre au 12 novembre 1600. L’impossibilité pour les secours venant du Piémont d’arriver force la capitulation.

En 1630, la forteresse est assiégée pendant 13 mois par les troupes de Louis XIII mais ne capitule pas.

Le siège le plus dur est celui des armées de Louis XIV dirigées par le général Catinat en 1690. Il est bien connu grâce aux carnets de siège rédigés au jour le jour. La ville est prise la nuit du 9 août 1691, après plus d’un an de siège. Après sa destruction complète de la cité, la forteresse subit un bombardement intense en novembre 1691.  Des milliers de boulets sont tirés sur la forteresse. Privé de secours, le gouverneur de la citadelle négocie une capitulation honorable.

Siège du château de Montmélian par les armées françaises du roi Henri IV en 1600 représenté par Chastillon,©Musée Savoisien Département de la Savoie/Solenne Paul.
Bombardement de Montmélian par les troupes de Louis XIV en 1691 durant lequel la ville est ruinée©Musée Savoisien Département de la Savoie/Solenne Paul.
Présentation de la maquette de la citadelle de Montmélian au roi Louis XIV pour célébrer la prise de la forteresse par les armées françaises©Musée Savoisien Département de la Savoie/Solenne Paul.

La destruction de la forteresse

Endommagée, puis remaniée en permanence aux cours des conflits incessants qui opposent la France et la Savoie au 17e siècle, la forteresse est finalement détruite en 1705 par Louis XIV, las de cet obstacle. Les destructions engendrées par ces années de guerre et la proximité avec la France, achèvent de convaincre les ducs de Savoie de construire l’avenir de leurs Etats de l’autre côté des Alpes, du côté du Piémont !

Aujourd’hui, il est possible de se rendre sur le site de l’ancienne citadelle à la découverte de ses derniers vestiges et de prendre la mesure de la position stratégique de cette forteresse mythique.

Montmélian en 1817. On peut encore observer des vestiges de la forteresse,©Musée Savoisien Département de la Savoie/Solenne Paul.
La ville de Montmélian au début du 20e siècle. Les vestiges ont disparus. ©Musée Savoisien Département de la Savoie/Solenne Paul.
Le site de la forteresse aujourd'hui©Département de la Savoie